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Les dynamiques migratoires ouest-africaines vers l’Afrique du Nord

Les liens entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord ont été longtemps rythmés par le commerce caravanier transsaharien. Ce commerce portait sur l’or, la cola, les tissus, le cuivre, le sel, l’ivoire, les produits manufacturés européens mais également sur les esclaves ; la traite transsaharienne ayant probablement dépassé le million d’individus dans le courant du XIXème siècle [1].

Le XXème siècle et la colonisation consacrent le déclin de ces échanges et des flux de population qui les accompagnent. D’une part, la traite des êtres humains décline fortement dès la fin du XIXème siècle. D’autre part, les puissances coloniales favorisent le commerce par les ports. Dès les années 60, le développement des fronts pionniers agricoles (Office du Niger, bassin arachidier sénégalais, bassin cacaoyer et caféier au Ghana et en Côte d’Ivoire) attirent les populations au Sud.

Au cours du dernier quart du XXème siècle, des faits nouveaux apparaissent qui réactivent les échanges transsahariens et les flux de main-d’œuvre vers l’Afrique du Nord. Le développement du secteur pétrolier en Libye et en Algérie suscite des mouvements pendulaires de travailleurs principalement ouest-africains et soudanais. Après avoir favorisé l’immigration de nord-Africains pour combler un déficit chronique en main-d’œuvre, les autorités libyennes en contraignent au départ une grande partie au milieu des années 80. Le pays s’ouvre alors aux Subsahariens début 1990. La crise économique de 1995 provoque une nouvelle expulsion de 200 000 travailleurs dont la moitié de Soudanais. La création de la Communauté des États saharo-sahéliens en 1998 contribue à une amélioration des relations avec l’Afrique subsaharienne.

Il est cependant probable que la Libye demeure aujourd’hui le pays d’Afrique du Nord accueillant le plus de Subsahariens (près de 300 000 selon le recensement de 1995 ; sans doute plus aujourd’hui [2]). Les données des recensements réalisés dans les années 2000 dans les autres pays (Maroc, Tunisie, Algérie et Égypte) totalisent 20 000 migrants ouest-africains [3]. Il est bien difficile de se faire une idée précise de la réalité face à des mouvements de population pendulaires et souvent illégaux.

Il semblerait que ces dernières années les migrations subsahariennes vers l’Afrique du Nord, connaissent un net regain. Ces tendances ne concernent pas seulement les « migrations de transit ». Un certain nombre de migrants subsahariens s’installe durablement, une minorité poursuit vers l’Europe [4].

Les difficultés à saisir les réalités des « migrations de transit »

Qui sont les « migrants de transit » ? Combien sont-ils ? Le phénomène est complexe et changeant. Les enquêtes réalisées et les témoignages recueillis indiquent que ce ne sont ni les plus pauvres ni les plus faibles qui tentent cette aventure périlleuse. Il s’agit principalement d’hommes, relativement jeunes capables de financer un voyage long, coûteux et physiquement pénible. Ils ont également un niveau d’éducation relativement élevé ; beaucoup d’entre eux ont le niveau Bac ou plus, seule une minorité est illettrée.

Il est très difficile de quantifier ces flux. Un chiffre annuel de l’ordre de 100 000 Subsahariens est le plus souvent avancé en ce qui concerne les années 2000. Les filières via la Libye puis l’Italie et via l’Algérie et le Maroc puis l’Espagne semble représenter l’essentiel des flux jusqu’à ce jour [5]. Le nombre de ceux qui sont arrêtés en Afrique du Nord et sur les côtes européennes est mieux connu. En 2000, l’Espagne interpelle 3 500 migrants ouest-africains (7 000 aujourd’hui). La même année, le Maroc [6] annonce l’arrestation de 3 000 ouest-Africains, l’Algérie de 4 000 Subsahariens. L’OIM estime le nombre de Maliens, Nigériens et Soudanais arrêtés pour immigration illégale en Libye à un peu plus de 4 000 en 2004. Il semble toutefois que les interpellations de Subsahariens restent inférieures à celles d’émigrants d’Afrique du Nord en 2000.

La période de transit se rallonge. Le renforcement du contrôle des frontières de l’Europe rend les chemins terrestres de la migration clandestine plus longs et plus difficiles. Ceci entraîne une sédentarisation plus ou moins temporaire des migrants pouvant aller jusqu’à plusieurs années. Cette tendance est confirmée par des observations ponctuelles. Ainsi la ville relais de Tamanrasset dans le sud algérien est, elle, passée de 3 000 habitants en 1966 dont 10 % de Subsahariens à 65 000 dont 50 % de Subsahariens fin 1990 [7]. De même, en 2005 la ville portuaire de Nouadhibou, au Nord de la Mauritanie, compte 10 000 Africains de l’Ouest candidats à l’émigration vers l’Europe, soit 10 % de sa population. Le Maroc estime la même année à 20 000 le nombre de Subsahariens autour des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla ainsi que dans la ville frontalière avec l’Algérie de Oujda [8].

Cette migration génère une économie de transit dans les principales villes relais (hôtellerie, commerce ambulant, transport, mais aussi prostitution). Le trafic d’êtres humains se développe sur les anciennes routes commerciales transsahariennes du sel. Sur ces chemins migratoires les structures d’entraide, religieuses et associatives [9] côtoient les passeurs, les falsificateurs de documents ainsi que les forces de l’ordre. Certains migrants tentent également le passage par la voie maritime (pirogues au départ de Mauritanie et du Sénégal vers les Îles Canaries).

[1] Giri, 1994.

[2] Des articles de journaux avancent le chiffre d’un million ou plus en 2000/2001, dont 500 000 Tchadiens.

[3] Lahlou, 2004.

[4] Bredeloup et Pliez 2005.

[5] Lahlou, 2004.

[6] Programme indicatif national MEDA 2002/2004 avec la Commission européenne en 3 étapes : Gestion des contrôles frontaliers, appui institutionnel à la circulation des personnes, stratégies pour le développement des provinces du Nord.

[7] Lahlou, 2004.

[8] Cette ville est non seulement le point principal d’entrée au Maroc mais également l’endroit où les migrants sont refoulés une fois interpellés par les autorités marocaines. Voir Wender, 2004.

[9] Sylvie Bredeloup et Olivier Pliez, 2005.

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