L’Afrique de l’Ouest [1], tout comme l’Afrique subsaharienne dans son ensemble, est au cœur de cette phase de transition et de mobilité que les autres régions en développement ont connu précédemment.
Au cours des 45 dernières années, en Afrique de l’Ouest le nombre d’habitants est passé de 88 millions à 290 millions (soit un multiplicateur de 3,3) tandis que la population urbaine est passée de 13 millions à 128 millions (soit un multiplicateur de 10). Au cours de la même période, on estime que plus de 80 millions de d’Africains de l’Ouest ont migré de la campagne vers les villes. L’urbanisation a été la première traduction de la mobilité de la population ouest-africaine même si son rôle décline [2].
L’estimation quantitative des migrations intra-régionales est plus aléatoire. Des calculs réalisés à partir des recensements de la population indiquent que les pays de la région abriteraient aujourd’hui environ 7,5 millions de migrants [3] originaires d’un autre pays ouest-africain, soit près de 3% de la population régionale. Ce taux, en hausse depuis 1990, est supérieur à la moyenne africaine (2%) et surpasse largement celui de l’Union européenne qui est de 0,5%. Il faut de plus considérer que ces évaluations de stocks de migrants appréhendent mal la réalité des flux. Ces derniers n’ont été sérieusement étudiés que sur les périodes 1976-1980 [4] et 1988-1992 [5] au cours desquelles entre 500 000 et 1 million de personnes ont changé de pays de résidence chaque année. L’étude WALTPS [6] estime, quant à elle, que près de 30 millions d’Africains de l’Ouest ont changé de pays de résidence entre 1960 et 1990, soit en moyenne un million de personnes chaque année. En dépit des incertitudes statistiques, l’Afrique de l’Ouest apparaît donc comme un lieu d‘intense brassage de populations.
Une analyse spatiale sur la longue durée, montre que jusqu’à présent, ce sont les zones côtières qui ont le plus attiré ces migrations sous le triple effet du développement des cultures de rente, de l’urbanisation portuaire et de la dégradation de l’environnement naturel dans la frange sahélienne de la région. Ces migrations répondent à une recherche d’opportunités économiques et à la diversification des stratégies de réduction des risques et de la pauvreté.
Si la mobilité représente un mode de vie lié, à son origine, au nomadisme, la colonisation suscite de nouveaux types de flux principalement destinés aux ambitions agricoles des métropoles. Des recrutements forcés entraînent une migration de familles entières notamment de la Haute Volta et de la Guinée vers l’Office du Niger au Mali ; des pays sahéliens vers les plantations de cacao et de café ghanéennes et les industries forestières ivoiriennes. Les flux du Mali et de la Guinée vers les zones de production arachidière sénégalaise et gambienne sont davantage le fait des travailleurs masculins saisonniers. Parallèlement, le développement des infrastructures de transport (notamment du Chemin de fer) favorise la mobilité individuelle sur de longues distances. Des liens multiples se tissent entre zones d’origine et d’accueil. Par ailleurs, ni la colonisation, ni les indépendances n’ont eu d’incidence significative sur la forte mobilité au sein des espaces socioculturels traditionnels comme la zone Hausa Kanuri, l’arc Peul (du lac Tchad au Fouta Djalon), l’aire Mandé, etc.
[1] Définie ici comme l’ensemble constitué des 15 Pays membres de la CEDEAO, de la Mauritanie, du Tchad et du Cameroun.
[2] Aujourd’hui, les deux tiers de l’augmentation de la population urbaine sont le fait des naissances en milieu urbain ; cette proportion est appelée à augmenter à l’avenir.
[3] Migration Policy Institute 2000.
[4] Banque mondiale 1990
[5] Réseau Migrations et Urbanisation en Afrique de l’Ouest.
[6] Club du Sahel / OCDE 1998.
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