Accueil > Population > Migrations > Les grandes phases migratoires en Afrique de l’Ouest

Les grandes phases migratoires en Afrique de l’Ouest

Dès l’indépendance, le Ghana devient, pour une décennie, le principal pôle régional d’immigration grâce notamment au cacao et à l’or. Cette période prend fin avec l’« Alliance Compliance Order » (1969) et l’expulsion consécutive de plusieurs centaines de milliers d’immigrés. Sur le long terme, les réactions « épidermiques » aux migrations (rejets et/ou expulsions des « étrangers »), ne semblent pas avoir durablement contraint la tendance structurelle à la mobilité régionale.

A partir des années 1970, trois sous-systèmes migratoires vont structurer la circulation régionale : le pôle Ghana-Côte d’Ivoire sous l’effet notamment de l’économie du cacao et du café, le Nigeria et sa manne pétrolière, le Sénégal par les échanges commerciaux et l’arachide.

Dans ce paysage, les flux ne sont cependant pas réguliers. Sur une courte période, ils sont susceptibles de se réorienter ou de s’inverser. Ceci illustre la remarquable capacité d’adaptation de la population régionale. Le cas de la Côte d’Ivoire en fournit un exemple frappant :

Au Nigeria, entre 1970 et 1980, l’économie est sous l’effet du boom pétrolier. Les revenus du pétrole sont investis dans le commerce, les services, et l’industrie attirant la main d’œuvre qualifiée et non qualifiée. En 1983, le pays compte 2,5 millions d’immigrants ouest-africains dont 81% de Ghanéens, 12% de Nigériens et 3% de Togolais et Béninois. Au milieu des années 1980, la récession économique débouche sur l’expulsion des migrants irréguliers qui reviendront toutefois par la suite. Après avoir polarisé les migrations ouest-africaines pendant plus d’une décennie, le Nigeria devient lui-même un pays d’émigration vers l’international.

Au Sénégal, les flux migratoires proviennent des pays limitrophes (Cap-Vert, Guinée, Guinée-Bissau, Mali et Mauritanie) et du Golfe du Bénin (Bénin, Côte d’Ivoire et Togo). La première communauté étrangère est guinéenne (de 300 000 à 47 000 personnes entre 1970 et 1997). Les Guinéens sont actifs dans le commerce de gros et de détail ainsi que dans le transport urbain et la blanchisserie. Les autres communautés s’impliquent aussi dans l’économie urbaine. Par ailleurs, l’émigration sénégalaise est historiquement liée à la circulation de main-d’œuvre qualifiée dans l’espace francophone à l’époque coloniale notamment vers la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Gabon. L’instabilité politique et économique des pays d’accueil traditionnels explique, entre autres, le caractère circulaire de cette migration. A présent, les émigrants sénégalais se tournent de plus en plus vers de nouvelles destinations africaines (Cameroun, Angola, Congo, Afrique du Sud) ou internationales.

De nos jours, les trois pôles continuent de catalyser les migrations ouest-africaines cependant leur fonction a évolué : la Côte d’Ivoire est devenue un pays de transit, pôle relais d’accumulation des richesses avant le départ pour d’autres destinations régionales ou internationales ; les motifs économiques ou de travail structurent les migrations vers ou en dehors du Sénégal, assurant une double fonction de pays d’immigration ou d’émigration. Le Nigeria s’inscrit comme un espace de transit, où s’organisent notamment des réseaux de traite de personnes.

L’existence de bassins d’emplois et de production suffisait auparavant à satisfaire cette mobilité circulaire intra-africaine. Celle-ci s’ouvre désormais à d’autres espaces à la recherche de nouvelles opportunités.

[1] Banque Mondiale, 1990.

CSAO/OCDE  CEDEAO-CSAO/OCDE©2006  • Plan du site  • Crédits  • Contact CEDEAO