Dans ce contexte de grandes incertitudes, certaines tendances semblent devoir se poursuivre. La première concerne la croissance des migrations internationales de travail, corollaires de la mondialisation de l’économie et du développement des échanges. Sauf événements exceptionnels, la croissance observée au cours des cinq dernières décennies devrait se poursuivre. Les Nations unies avancent que le nombre de migrants internationaux vers les pays développés devrait être de 2,2 millions par an au cours de la période 2005 – 2050. Ce chiffre ne représente que 4 % de l’augmentation de la population des pays en développement au cours de la même période.
La deuxième tendance renforce la première. Elle indique une orientation des politiques migratoires des pays développés vers une immigration sélective mais néanmoins en hausse en raison des problèmes de récession démographique.
La troisième tendance est celle d’une forte mobilité en Afrique et particulièrement en Afrique subsaharienne du fait d’une croissance démographique très forte. Cette mobilité s’exprimera comme par le passé par des mouvements internes, régionaux et internationaux.
Malgré ces tendances, le caractère changeant des migrations au cours de l’histoire rend ardue toute prévision et soulève quelques questions. Quelle sera la place de l’Afrique de l’Ouest dans les migrations vers les pays développés ? Les Ouest-Africains trouveront-ils de nouvelles terres d’accueil en Europe [1], en Amérique, voire en Asie ? Quelles seront les relations entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne ? Quel est l’avenir de la mobilité au sein de la région Afrique de l’Ouest ?
Un certain nombre de facteurs lient l’Afrique du Nord et l’Europe : dans les sept pays européens pour lesquels l’immigration africaine est quantitativement significative, (Belgique, Espagne, France, Italie, Pays Bas, Portugal et Royaume-Uni), les ressortissants nord-africains sont de loin les plus nombreux, excepté au Royaume-Uni. Les communautés émigrées marocaines sont dominantes en Italie, en Belgique, en Espagne et, dans une moindre mesure en France et aux Pays-Bas. 5 % de la population marocaine vit aujourd’hui en Europe. L’Algérie et la Tunisie entretiennent des liens migratoires historiques avec la France. La proximité géographique Europe-Afrique du Nord est renforcée voire confirmée par une « proximité migratoire » : les trois grands pays européens bordant la Méditerranée (Espagne, France et Italie) étant les principaux pays d’accueil.
Cette double proximité appelle au dialogue. Quatre considérations méritent d’être prises en compte :
L’Europe considère l’Afrique du Nord comme un voisin immédiat et un partenaire. D’ores et déjà elle pourrait incite cette dernière à l’aider, en échange de compensations, à se protéger de l’immigration clandestine subsaharienne. Tel est l’esprit d’initiatives communautaires (Déclaration de Barcelone visant à établir un partenariat global euro-méditerranéen), bilatérales (aides espagnoles au Maroc et italiennes à la Libye en matière de surveillance des frontières) ou multilatérales (Forum 5+5 associant les pays d’Afrique du Nord et les cinq pays européens de la Méditerranée) [2]. Le dialogue euro-méditerranéen semble donc bien engagé.
En revanche, la coopération sur la migration et le développement entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne est encore loin d’être structurée. Elle se limite pour l’heure à des discussions bilatérales entre un pays européen et un pays africain (Espagne – Sénégal, Espagne – Mauritanie, France – Mali, France – Sénégal…) pour la mise en œuvre de méthodes plus efficaces de limitation des départs ou d’incitations au retour des migrants en échanges de compensations. Ces approches bilatérales ont sans doute des limites. Les départs de l’émigration clandestine devenue difficile via un pays se déplacent vers un autre : de l’Afrique du Nord vers la Mauritanie, puis vers le Sénégal et la Guinée. De nouvelles routes pourraient se développer pourquoi pas via l’Égypte et la mer rouge ? En outre les mesures mises en œuvre bilatéralement ne sont pas coordonnées et pourraient engendrer des incompréhensions entre pays ouest-africains. Un dialogue de bloc à bloc entre l’Union européenne et l’Afrique de l’Ouest est probablement une option logique sachant par ailleurs que l’UE et la CEDEAO à laquelle s’est adjointe la Mauritanie se sont engagés dans la mise en œuvre d’un accord de partenariat économique (APE) qui prévoit à terme la création d’une zone de libre échange entre les deux entités.
Enfin, le passage à un dialogue tripartite euro-méditerranéen-Afrique de l’Ouest s’impose également comme une perspective logique et nécessaire puisqu’il permettrait de réunir autour d’une même table les pays d’émigration d’Afrique de l’Ouest, les pays d’émigration et de transit de cette même région (Sénégal, Mauritanie notamment) ainsi que les pays d’émigration et de transit d’Afrique du Nord.
[1] Par exemple, en Europe orientale où la plupart des pays cumulent les désavantages de la dénatalité et de l’émigration. Les projections prédisent que la Pologne pourrait perdre 4 % de sa population d’ici 2030, les pays Baltes (Lituanie, l’Estonie, Lettonie) 10%
[2] Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie, Tunisie / Espagne, France, Italie, Malte, Portugal.
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