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La pression foncière [1] moyenne est modérée (1,4 personne/ha ces dernières années contre 1 dans les années 1960) et reste moins élevée que la moyenne des pays en développement qui avoisine 2,3 personnes/ha. De leur côté, les espaces affectés aux pâturages demeurent stables, bien que dans certaines régions du Sahel des couloirs de transhumance et des aires d’accueil aient disparu ou se soient recomposés au profit de l’agriculture.
Pour autant, les problèmes fonciers sont importants. C’est le cas par exemple de zones rurales proches de la côte urbanisée du Golfe de Guinée. Les jachères naturelles de longue durée, qui étaient à la base de la gestion de la fertilité des sols, sont plus courtes et les parcelles cultivées sont de plus en plus fréquemment mises en valeur. Il en résulte un appauvrissement des sols entraînant une chute de leur capacité productive et une réduction des rendements. Les agriculteurs doivent employer davantage d’intrants. Dans certains cas, ils abandonnent provisoirement ou définitivement certaines parcelles.
La perception de la ressource foncière évolue. Facteur de production dans une économie marchande, elle acquiert plus de valeur. Parcelle irriguée, sol riche ou bien drainé, proximité des grands centres de consommation et d’approvisionnement en intrants sont autant de facteurs d’un marché foncier agricole en plein essor. L’investissement privé d’opérateurs urbains non agriculteurs est un phénomène émergent appelé à se développer à l’avenir. En contrepartie, on pressent un mouvement de décapitalisation foncière des classes sociales les plus pauvres.
Dans ce contexte, les réformes foncières engagées depuis le milieu des années 80 recherchent, aux confins des traditions et du droit moderne, le point d’équilibre entre la promotion d’une agriculture capitalistique et celle de l’équité. Les progrès sont lents ; le dialogue est difficile.
Le potentiel de conflits liés à cette mutation du monde rural est important ; qu’il s’agisse de la colonisation agricole des bas fonds traditionnellement voués à l’élevage, de la transhumance en zones de cultures ou encore de la gestion des ressources en eau. Dans un grand nombre de cas, ces problèmes sont de nature régionale. Jadis situé dans les pays sahéliens, le centre de gravité de l’élevage ouest-africain se déplace insensiblement vers le nord des pays côtiers. Cette lente migration des troupeaux s’accompagne de celle des peuples éleveurs. Les différends fonciers autrefois confinés à l’intérieur d’un même groupe, sont désormais porteurs d’incompréhension intercommunautaire.
Les 107 millions d’hectares de forêts [2] ouest-africaines ne sont évidemment pas exempts des mutations de l’espace rural. Entre 1990 et 2005, le couvert forestier semble avoir diminué au rythme de 1,2 million d’hectares par an, ce qui est nettement supérieur à la moyenne du continent. Cette diminution s’est traduite par une fragmentation du couvert, notamment dans la zone humide : passage d’une forêt fermée à une forêt ouverte puis à des espaces boisés. Selon les estimations de la FAO, plus de 10 % des forêts fermées ont été transformées en forêts ouvertes entre 1980 et 2000 et entre 3 et 7 % des forêts fragmentées sont devenues des espaces boisés au cours de cette même période.
Le phénomène est essentiellement lié à la conversion des forêts à l’agriculture dont les logiques sont encore largement extensives (cacao, café, etc.), à l’exploitation forestière (bois énergie et exportations de grumes [3]), aux activités extractives, au développement des infrastructures et aux incendies.
[1] Rapport entre population agricole et terres arables ou affectées aux cultures permanentes.
[2] Le couvert forestier ouest-africain est composé de forêts fermées, forêts ouvertes ou fragmentées, et autres espaces boisés. La zone sèche est composée d’une végétation de steppe, d’épineux et de savane boisée ouverte. La zone humide, plus productive, est caractérisée par la savane boisée, des forêts tropicales semi-décidues et des forêts pluviales tropicales
[3] L’utilisation productive du couvert forestier ouest-africain assure la couverture des besoins énergétiques des ménages à proportion de 90 % en 2005, contre 86 % dans les années 1980. La production de bois rond industriel demeure plus modeste et augmente moins rapidement que la population
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