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L’ère des réformes et de la libéralisation

En dépit de ces performances, les filières cotonnières ont fait face à des périodes de crises économiques et financières importantes. C’est à la suite de ces difficultés que, dans le cadre des politiques d’ajustement structurel, les premières réformes de libéralisation ont été engagées.

La libéralisation du secteur cotonnier observée dans la plupart des pays procède d’un certain nombre de tendances homogènes. D’une part, les sociétés d’État transfèrent progressivement un certain nombre de fonctions (activités de recherche et développement, approvisionnement en intrants, production et collecte primaire du coton et activités d’égrenage) aux unions de producteurs ou à d’autres acteurs privés. Dans le cas des pays anglophones, ce processus est même achevé [1]. On observe également que les producteurs ou groupements de producteurs sont de plus en plus impliqués dans la gestion globale des filières. D’autre part, ces changements ne remettent pas fondamentalement en cause certains ressorts de l’État qui continue de décider ou de peser sur les décisions prises en matière de fixation des prix notamment. Ces tendances générales cachent mal cependant la diversité des modalités de la libéralisation.

  • La nature des sociétés cotonnières. Dans certains cas, ces dernières sont toujours en place mais ont ouvert leur capital aux producteurs ou à d’autres acteurs privés nationaux et internationaux (ex : Union Nationale des Producteurs de Coton au Burkina Faso - Unpc-B - dans le capital de la Sofitex au Burkina Faso ; sociétés privées (Aiglon, Dagris) au sein de la Société Nationale du Coton au Niger ; sociétés privés et producteurs pour ce qui concerne la Sodefitex au Sénégal). Dans d’autres cas, les entreprises publiques ont été totalement démantelées et remplacées par de nouvelles structures : la nouvelle compagnie cotonnière de Guinée (CGC - dont les capitaux proviennent d’acteurs privés et de producteurs), née au terme des projets publics de développement cotonniers, a passé en 2000 une convention avec l’État pour une durée de 15 ans. Mais quelles que soient les configurations, les sociétés cotonnières des pays francophones conservent encore un certain nombre de prérogatives dans l’organisation des filières, même si celles-ci s’amenuisent. Au Ghana, les activités liées à la production et la commercialisation sont totalement privatisées ; il n’existe donc plus de société cotonnière ; l’État se cantonne à un rôle de certification des semences et d’entretien des pistes rurales. Il en va de même au Nigeria où la puissance publique intervient cependant dans la recherche (institut de recherche agricole à Zaria), la certification et la fourniture de semences par le biais du Ministère de l’agriculture, et de subventions pour les engrais.
  • Les fonctions des sociétés cotonnières. Dans certains pays, ces fonctions sont limitées à l’égrenage, les autres activités étant prises en charge par les acteurs privés ou les groupements de producteurs : au Bénin, la Sonapra gère 12 usines d’égrenage sur les 20 en fonctionnement ; au Togo, la libéralisation a ouvert le marché à trois nouveaux opérateurs en dehors de la Sotoco pour ce qui concerne l’égrenage et la filature ; en Gambie, la Gamcot, société privée, gère la collecte et l’égrenage du coton, l’encadrement agricole, technique et financier devant être assuré par la Sodefitex (Sénégal). Dans d’autres pays, comme le Burkina Faso, la libéralisation a respecté le principe de « filière intégrée » et chaque société cotonnière a en charge l’organisation de la production, la transformation et la commercialisation du coton fibre.
  • La restructuration de la filière et la création de nouvelles sociétés cotonnières ont parfois été accompagnées par une redéfinition géographique de leurs activités. Cette situation prévaut en Côte d’Ivoire où trois sociétés se partagent le territoire : la CIDT nouvelle au Sud, Ivoire coton au Nord-Ouest et LCCI au Nord-Est. Au Burkina Faso, si la Sofitex a conservé son rôle à l’Ouest, Faso coton a repris la zone Centre et Socoma la zone Est. Cette configuration pourrait être adoptée au Mali à partir de 2008, ou pour les cas de privatisation à venir de la Sodecoton (Cameroun) ou de la Coton Tchad (Tchad).

Soumis à des politiques nationales différentes et parfois divergentes, les producteurs cotonniers n’ont pas le même accès aux services de vulgarisation, de formation, de fourniture d’intrants et de commercialisation selon qu’ils sont d’un côté ou de l’autre d’une frontière. Pourtant, les bassins de production cotonniers sont transfrontaliers. Les processus de libéralisation des filières nationales vont-ils progressivement gommer ces disparités de politiques ? Le fait est que ces processus sont aujourd’hui menés sans concertation entre les pays et que leurs modalités sont différentes. La mise en œuvre de stratégies de coopération transfrontalière et d’harmonisation des politiques nationales est aujourd’hui nécessaire. C’est dans cet esprit que la CEDEAO veut promouvoir le « développement des coopérations transfrontalières entre les différentes sociétés cotonnières nationales de façon à harmoniser leurs stratégies et méthodes d’intervention, réduire les coûts d’approvisionnement en intrants, développer les synergies et réduire les coûts de collecte, d’égrenage et d’acheminement aux ports » [2].

[1] Le Ghana a été le premier à mettre en œuvre les réformes de libéralisation en 1985 avec la privatisation du Cotton Development Board (CDB) devenu Ghana Cotton Company Ltd (GCCL). L’Etat détenait alors 30 % de son capital à côté d’autres actionnaires : sociétés textiles, fournisseurs d’intrants et Agricultural Development Bank.

[2] CEDEAO (2004) : Cadre de politique agricole pour l’Afrique de l’Ouest.

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