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De nombreux échanges entre les deux secrétariats ont mené à la conclusion que la CEDEAO avait besoin de se doter d’outils de politique régionale allant au-delà des projets sectoriels certes indispensables, mais insuffisants pour construire une démarche intégrée et réaliste d’intégration régionale.
En quoi exactement l’Afrique de l’Ouest est-elle une entité régionale pertinente au sein du continent africain, susceptible de faire l’objet de politiques décidées et mises en oeuvre en commun ?
Au sein de cette entité, quels sont les éléments ou dynamiques dont le caractère transnational appelle à l’évidence un processus de coopération intergouvernemental ?
Quelle est l’intensité réelle de la dimension régionale des questions agricoles, environnementales, industrielles, commerciales, etc. ?
Ces questions sont-elles les mêmes aujourd’hui qu’il y a 30 ans lorsque la CEDEAO a été créée ?
Le Secrétariat exécutif de la CEDEAO éprouve le besoin de documenter et de porter ce type de réflexion pour mieux dialoguer avec ses États membres et ses partenaires extérieurs ; mais également pour mieux comprendre et se rapprocher de la population de l’Afrique de l’Ouest.
Pour ce faire, il a demandé au CSAO de l’accompagner dans cette démarche. Ce dernier a proposé d’engager un processus partagé de réflexion cristallisé autour d’un Atlas général de l’intégration régionale. Plusieurs rencontres entre les équipes des deux Secrétariats ont débouché sur la formulation d’un concept et d’un processus décrits dans les pages ci-après.
Il a également été décidé de produire une série de cartes intermédiaires consacrées aux moyens de communication qui ont été présentées à l’occasion du 30e anniversaire de la CEDEAO (mai 2005). Cela a donné lieu à la production d’un Atlas régional des transports et des télécommunications dans la CEDEAO.
L’intégration régionale est plus que jamais au coeur de l’agenda politique et économique africain.L’Union africaine en a fait le pivot de sa vision de l’avenir. En Afrique de l’Ouest, la CEDEAO a, au-delà de son mandat original, été chargée de la mise en oeuvre régionale du NEPAD et de l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne.
Les responsables de la mise en oeuvre de cet agenda expriment une demande forte d’outils d’analyse et de décision à l’échelle régionale permettant d’appréhender les enjeux qui, à l’évidence, transcendent les frontières nationales : peuplement, ressources naturelles, transports et communication, etc.
Certes, il existe déjà des représentations et des outils d’analyses régionales au niveau africain et/ou ouest-africain. Par exemple, certains organismes africains et internationaux spécialisés disposent de cartes hydrologiques, du réseau de transport terrestre et aérien, des zones agricoles, des réfugiés, etc. Cependant une démarche visant à rassembler et à recouper ces informations et analyses n’a pas été entreprise jusqu’à présent. Les décideurs ne disposent pas d’un instrument donnant une vision globale des enjeux régionaux ouest-africains, pas plus d’ailleurs que les citoyens de la région, notamment les étudiants qui sont pour partie les décideurs de demain.
L’espace ouest-africain est un ensemble géographiquement cohérent constitué des 15 pays membres de la CEDEAO liés par des continuités géographiques et humaines avec les États voisins en Afrique de l’Ouest dont la Mauritanie, le Tchad et le Cameroun.
A l’intérieur de cet espace, une gestion plus efficace donc moins coûteuse des dynamiques de peuplement, des ressources en eau, des systèmes de transport, de la lutte contre les pandémies, de l’élevage, etc., passe par le niveau régional. Des efforts importants sont consentis dans cette direction, notamment dans le cadre de la CEDEAO ; mais il reste à faire un travail synthétique décrivant les grandes questions régionales de développement et montrant les interactions et interdépendances entre ces enjeux (par exemple : « zones de peuplement et transport », « bassins agricoles et migrations », « ressources naturelles et conflits », etc.). Il reste également à mettre en évidence et à intégrer dans la réflexion l’évolution dans le temps des dynamiques de transformation à l’oeuvre dans la région, sous la poussée d’une croissance démographique et d’une recomposition du peuplement sans précédent. L’Afrique de l’Ouest (pays membres de la CEDEAO, Mauritanie, Cameroun et Tchad) compte aujourd’hui 290 millions d’habitants ; elle en comptera 140 millions de plus d’ici 20 à 25 ans, soit 430 millions.
Où et comment vivront ces 430 millions Africains de l’Ouest ?
Comment gérer au mieux des migrations régionales de 1 million de personnes ou plus chaque année ?
Comment accueillir 100 millions d’urbains et 40 millions de ruraux supplémentaires ?
Comment répondre aux attentes et aux besoins d’une jeunesse en rapide expansion (45% ayant moins de 15 ans) ?
Les réponses à de telles questions ne peuvent être trouvées sans une vision régionale.
L’Atlas sera à la fois le moteur et le résultat d’un travail de réflexion et de synthèse régionale. Sa conception suscitera le dialogue entre des spécialistes qui travaillent généralement de façon isolée.
Il sera l’occasion pour la CEDEAO de construire une vision globale des enjeux régionaux ouestafricains ; de réfléchir sur la base d’arguments solides, aux enjeux de la subsidiarité. Les responsables politiques et techniques du Sud et du Nord disposeront d’un outil de négociation, de décision et de travail leur permettant de situer leurs stratégies et leurs actions par rapport à l’espace régional et en tenant compte des dynamiques de transformation.
Il constituera le support scientifique, technique et pédagogique dont la région a besoin pour promouvoir des projets régionaux porteurs de complémentarité, de synergie et d’économies d’échelle.
L’Atlas viendra en appui à la mise en oeuvre du NEPAD et de l’APE dans le cadre de l’accord de Cotonou en Afrique de l’Ouest ainsi qu’à des stratégies régionales de lutte contre la pauvreté.
Largement diffusé, il suscitera la création ou le renforcement d’une identité citoyenne régionale et d’une vision partagée de l’intégration.
Il permettra aux étudiants de l’espace CEDEAO, francophones et anglophones, de dépasser le cadre national sur lequel les cursus de formation sont généralement axés et de disposer d’une connaissance partagée de leur région et de ses interdépendances ; il sera un moyen utile de les
rapprocher en leur donnant une référence commune.
Il permettra aux médias du Nord et du Sud de situer leurs analyses et leurs messages par rapport à l’espace régional ouest-africain ; de positionner les enjeux nationaux et locaux dans une perspective ouest-africaine.
Porté par le CEDEAO, l’Atlas constituera un moyen remarquable de promotion de l’image de l’organisation et de diffusion de l’idée régionale.
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